L'Australie

Par Laurent Thomas

Australie

C’est décidé et les larmes de votre maman n’y pourront rien changer, cet été vous laissez tomber votre stage de contrôleur de gestion chez « Procter and Gamble» pour une aventure autrement plus exaltante sur le continent de tous les possibles, j’ai nommé : l’Australie. Et ce n’est pas à la comptabilité en partie double que vous allez vous consacrer dans ce pays encore un peu sauvage mais à un métier d’homme, « a tuff job » comme on dit là bas, l’extraction minière dans la sueur et le sang. Le reportage que vous venez de « dévorer » sur TF1 est formel, l’Australie regorge de ressources naturelles encore largement inexploitées et il suffit de se baisser pour y faire rapidement une petite fortune. Seulement le pays est vaste, un continent, alors pour ne pas vous égarer, il vous faut un guide. Celui du « routard » étant un peu maigre en ce qui concerne la gemmologie, je met mon expérience à votre service et vous dresse un bilan synthétique des richesses géologiques de l’Australie.

Pour faire simple, cinq options s’offrent à vous : Les opales, les saphirs, les perles des mers du sud, l'or et le diamant: Il vous faudra rapidement faire un choix car toutes ces merveilles ne sont pas exactement dans le même périmètre. Pour les belles opales, ce sera plutôt le sud du continent avec la fameuse ville de « Coober Pedy ». Vous savez cette charmante bourgade dont les habitants ont préféré s’enterrer pour échapper au soleil de plomb et aux sales bêtes qui pullulent dans la région. Le rêve! C’est là que vous trouverez la fameuse opale noire ou opale noble. Celle qui n’est pas laiteuse mais qui présente des irisations de toutes les couleurs, bleu, rouge, jaune, vert… Une fois votre récolte en poche, vous n’oublierez pas de la mettre à l’abri. De la chaleur, car l’opale est un conglomérat de micro cristaux riche en eau (3 à 20%) qui peut se déshydrater très vite. Au soleil, l’opale craquelle et il ne vous reste plus alors que les yeux pour pleurer. A l’abri de la poussière également car la poussière peut dépolir les opales (5,5 à 6 sur l’échelle de dureté de Mohs c’est peu par rapport à la poussière souvent plus abrasive)

N’oubliez pas également de vendre votre trésor sur place car le marché de l’opale est marginal en France. Il faut dire que les bijoux sertis de grosses opales baroques ne sont pas toujours très "heureux". Combinée à d’autres couleurs, le résultat est généralement plus probant, voir certains colliers de la maison Bulgari par exemple.

Vous êtes échaudé et vous n’envisagez plus votre bague de fiançailles sertie d’une belle opale comme avant. Qu’à cela ne tienne, l’Australie a d’autres ressources. Les saphirs par exemple. N’est ce pas en Australie que fut découvert le fameux « Black Star », un fabuleux saphir étoilé de plus de 700 carats (733). Et ne dit on pas que la bague de fiançailles de feu la mythique Lady Diana serait sertie d’un saphir d’origine australienne, (je suis sceptique). Pour les saphirs, il faudra changer de région et remonter vers le Nord Est, dans la province du Queensland. La ville de Anakie (les 2 collines) y est le fief du saphir australien avec Willows au sud ouest et les villes de Sapphire et Rubyvale au nord, (enfin des noms explicites !). Les saphirs australiens sont rarement d’une très bonne qualité, très sombres, tirant vers le vert, « endormis ». Les meilleures pierres sont souvent vendues comme saphir Thailandais sur Bangkok. Leur extraction est encore très artisanale, c’est la volonté de l’état australien. Les machines qui servent à séparer les saphirs du gravier sont fréquemment un "bidouillage" mécanique fait maison. Ce qui ne les empêche pas de fonctionner parfaitement. Ce côté semi professionnel fait que les prospecteurs peuvent être étonnamment « cool » et accessibles, un peu comme au Sri Lanka. Nous ne sommes pas en Colombie et avec un sourire sympathique vous pourrez trouver un "bushman" qui vous fasse une démonstration, (un autre sortira sa « Winchester »).  La technique d’extraction des saphirs est très simple. Les pierres se trouvent dans une couche géologique volcanique sous une couche sédimentaire plus ou moins épaisse (parfois cette couche affleure et il suffit de creuser un mètre ou deux pour trouver des saphirs). Le minerai est trié (en jouant sur la gravité des corindons, plus lourds), puis lavé pour révéler les pierres précieuses… pas plus simple.

Pas assez prestigieux pour votre cv, pas de problème, l’Australie est aussi le premier pays exportateur de diamants : L’essentiel de la production est de qualité industrielle, soit, mais c’est aussi en Australie, (région de Argyle au Nord Ouest, villes de Kimberley et Kununura), que l’on trouve la majorité des diamants roses, ceux là même que vous retrouverez, dans les pages "people", sertis sur les bagues de fiançailles des stars américaines, et qui sont bien plus rares et chers que les vulgaires diamants blancs.

Par contre, même paré de votre plus belle cravate, il serait étonnant que l’on vous invite à participer ou alors à la visite guidée pour les touristes en goguette. Pas assez aventureux pour vous. Vous ne vous êtes pas offert les "santiags" en peau de serpent de « Crocodile Dundee » pour vous retrouver dans un car à touristes. Il vous reste l’or (mais on en trouve de moins en moins) et ce n’est pas très écologique ou la perle géante des mers du sud. Pour la perle, c’est à « Broome » que cela se passe, une petite ville de la côte ouest à seulement 2250 km au nord de « Perth ». C’est à « Broome » que fut découvert en 1861, l’huitre perlière géante, la « Pinctada Maxima » qui produit la fameuse perle des mers du sud aux reflets argentés ou dorés. Elles sont essentiellement cultivées dans la ferme de « Willie Creek ». Peu importe, faites comme Henry de Monfreid (en Afrique et en son temps), plongez au milieu des requins et prospectez l’authentique perle fine, celle qui n’est pas cultivée. Vous ne serez pas dérangé car presque plus personne ne s’y intéresse. Avant de promettre un collier de perles à votre mère, sachez que, statistiquement, il faudra ouvrir presque 10000 huitres pour trouver une perle de qualité, (on comprend mieux l’intérêt pour la perle de culture), et avant de faire trempette, une petite visite au cimetière des 900 pêcheurs japonais victimes de l’océan s’impose.  « On an other hand », la ville de Broome est aussi une station balnéaire très prisée avec les 20 km de sable blanc de « Cable Beach » et ses cocktails colorés.

16.04.12

Je reste fan de l'opale... bien que je sertie depuis plus de 23 ans, cette pierre me facine, jamais la même, toujours unique, elle regorge de surprises quand on y met le prix... Une pierre virtuose du jeux de lumière!

- Eric, 46 ans (Lannux)

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