pierres d'imitation

Par Frédéric Fontaine - photo Gem' Expertise

Les belles gemmes sont extrêmement rares, si bien qu’à toutes les époques, les hommes furent tentés de reproduire les pierres précieuses apparues naturellement sur la terre.

Je vous propose de dresser un panorama de toutes les pierres d’imitation existant à ce jour.

Nous reviendrons ensuite, cas par cas, sur les différents procédés possibles, car le sujet est vaste, assez complexe et, à mes yeux, tout à fait passionnant.

La première pierre d’imitation qui ne date pas d’hier est sans doute le verre coloré.

Il suffit de consulter les nombreux traités sur le sujet, certains datant du Moyen Âge,  pour se convaincre que tout ou presque a été expérimenté comme alliage avec le verre pour recréer la couleur naturelle des pierres précieuses.

Une simple observation à la loupe permet généralement de démasquer facilement un verre coloré : cherchez les bulles d’air, (isolées ou en nuage), un «œil du verrier», c’est à dire un grain de sable qui n’a pas fondu. Relevez l’indice de réfraction de votre pierre. Le verre a un indice faible (1,45-1,71), sans biréfringence. Il présente également des anomalies (croix mouvante) sous un polariscope. Vous ne disposez ni d’un réfractomètre ni d’un polariscope, ce n’est pas grave car bien souvent une simple observation à la loupe suffit pour identifier le verre coloré.

C’est d’ailleurs pour cette raison, que les « petits malins » ont depuis longtemps tenté des procédés d’imitation plus complexes et plus difficiles à déceler. Par exemple, en assemblant plusieurs matières de natures différentes par collage: ce que nous appelons en gemmologie, les « doublets » ou les « triplets ».

Un procédé d’imitation très ancien, mais qui ne doit pas, pour autant, être traité à la légère car les doublets sont encore très répandus sur le marché, notamment sertis sur les bijoux anciens ou présentés et vendus comme tel.

J’ai été parfois confronté à des « doublets » recélant des trésors d’ingéniosité dans leur conception pour être rendus pratiquement invisibles. Le but du procédé est de nous abuser, c’est un fait, mais on ne peut pas nier que la technique nécessite une certaine virtuosité.

Le doublet le plus commun est le doublet grenat verre : une strate de grenat pour former la couronne de la pierre et apporter dureté et inclusions naturelles, la culasse étant réalisée en verre coloré pour donner la belle couleur d’un rubis de Birmanie par exemple. Pour lever le doute, relever les indices de réfraction en table et sur une facette de la culasse ; s’ils sont différents, vous êtes en présence d’un doublet, fuyez !

Plus fort, le « doublet émail » : deux matières incolores, deux morceaux de spinelle synthétique par exemple sont assemblés par une fine couche d’émail coloré qui diffusera sa couleur dans toute la pierre, un grand classique pour imiter les émeraudes.

Plongez la pierre dans l’eau et observez son feuilletis de profil, (la partie médiane de la pierre). Sur les doublets émail, il vous apparaîtra complètement incolore, et sous certains angles, vous pourrez voir clairement la couche d’émail coloré.

Si la pierre est sertie clos, ce sera plus problématique car on ne peut plus observer la pierre de profil (attention donc aux bijoux sertis clos vendus en salle de vente)

Le plus fort : le doublet saphir fin, saphir synthétique. Saphir fin en table pour donner à la pierre un aspect naturel grâce à ses inclusions : soies (aiguilles de rutile), cristal englobé parfaitement défini : des inclusions souvent très caractéristiques et facile à interpréter puisque l’échantillon de saphir fin a été choisi pour cela.

La culasse est réalisée en saphir synthétique (voir ci dessous), pour conférer à la pierre une couleur parfaite : un type de doublet parfois indétectable sur pierre montée (sertie clos sur un bijou).

Le « triplet », souvent réservé aux opales. L’opale est fragile, qu’à cela ne tienne : insérez la entre une couche de cristal de roche pour protéger sa surface et une couche de calcédoine noire en dessous pour renforcer ses irisations. Un subterfuge parfaitement illégal, et très facile à déceler de profil.

Ces dernières années les doublets tendent à disparaître au profit d’un autre type de pierre d’imitation : les pierres de synthèse. Pour faire simple dans cette « mise en bouche », il existe trois procédés pour synthétiser les pierres précieuses.

Les synthèses par fusion.

Comme pour un gâteau, on chauffe les différentes composantes de la pierre à imiter (poudre d’alumine pour un saphir par exemple) avec apport d’oxygène et d’hydrogène afin d’obtenir un fondant qui s’égoutte sur un cristal d’amorce jusqu’à obtenir un beau cristal synthétique en forme de bouteille.

Le procédé est connu sous le nom de procédé « Verneuil », son inventeur à la fin du 19ème siècle. Il existe maintenant sous d’autres déclinaisons et est encore largement utilisé car il reste, de loin, le procédé le moins onéreux pour fabriquer des pierres synthétiques. Pour l’anecdote, des synthèses de type Verneuil « made in France » circulent beaucoup en Asie (Birmanie, Bangkok). Vendues comme des saphirs ou comme des rubis, elles reviennent parfois « au pays » par les canaux touristiques.

Identification : bulles d’air, lignes de croissance courbes (comme les microsillons d’un vieux vinyle), absorption de la lumière spécifique sous le spectroscope, réaction aux UV courts : milky green pour les pierres bleues.

Grosses bulles d'air piégées lors du refroidissement d'un spinelle bleu synthétique. Photo: Caroline Mergalet de Gem' Expertise

La synthèse par dissolution anhydre

« Lorsque vous mettez votre sucre dans votre café, il fond et si le café brûle, le sucre fond plus vite et plus facilement. Vous pourrez ajouter 10 morceaux mais le 11ème morceau ne fondra pas. Le café est saturé en sucre. Il est imbuvable, vous le laissez refroidir sans le boire. Le sucre cristallise de nouveau. Le procédé anhydre c’est la même chose (ou presque), sauf qu’il ne faut pas boire la mixture dans laquelle les cristaux ont cristallisé ;)) »

Les procédés par dissolution thermale

Restons dans la cuisine mais cette fois c’est la cocotte qu’il nous faut. Le principe consiste à enrichir par rotation d’un flux de vapeur un cristal germe suspendu dans une solution aqueuse chauffée dans un autoclave (la cocotte), avec au fond les nutriments de la pierre que vous souhaitez synthétiser. Les cristaux que l’on obtient sont très purs mais le procédé est très cher car votre cocotte doit être en platine.

Nous traiterons le cas du diamant comme un cas particulier. Des procédés d’imitation anciens, le titanate de strontium, la « fabulite » de nos grand mères jusqu’aux traitements HPHT contemporains qui permettent de synthétiser le carbone pour fabriquer des diamants de synthèse.

Je reviendrai dans le détail sur ces synthèses modernes, sous-procédé par sous-procédé en signifiant les inclusions caractéristiques qui permettent de les distinguer, (les inclusions triangulaires ou hexagonales très brillantes de platine dans les synthèses Chatham par exemple)

 

10.05.12

Un peu plus de détails svp... Je reste sur ma faim

- Lucas, 33 ans (Deauville)

15.05.12

De plus en plus intéressée! A quand les cours de pratique?

- catherine, 44 ans (paris)

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